Mardi 19 juin 2007 2 19 /06 /Juin /2007 22:05
Tous les chemins de l'ombre conduisent à cette certitude
atroce: il m'est arrivé ce dont j'avais le plus peur.
Et le pire est que je ne sais pas si c'est vrai, si c'est fini
ou s'il manque encore quelque chose, causes ou effets...Tout
est épars, flottant, incohérent. Je ne sais pas si c'est la
vérité ou si je suis en train de l'inventer...J'ai inventé
tant de choses, la réalité m'a dementi tant de fois, qu'il
m'est impossible de ne pas avoir de doute...



César Aira
les larmes

andré Dimanche Editeur
Par jarrien - Publié dans : arsitatoire - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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Mardi 19 juin 2007 2 19 /06 /Juin /2007 01:01

Nous entamons aujourd'hui des points sensibles de notre démarche. Le processus en étant à plus de la moitié de son programme, il n'est plus question de le stopper.

 

Voici les deux étapes élaborées  pour ce jour:

 

5eme point : L’arrêt

Maintenant que nous sommes arrivés à bon port, nous allons entamer une phase décisive de notre processus. Nous allons apprendre à rester immobile. Il faut pour cela mettre un pied devant l’autre, de manière à ce qu’aucun d’entre eux ne se situe dans l’un des côtés déjà mentionnés. Nous nous assurons que l’équilibre que nous avons est parfaitement stable. Nous vérifions aussi la qualité du terrain. Il est un peu souple et nous laisse nous enfoncer jusqu’aux chevilles mais ensuite il nous assure un socle parfait. Le mouvement que nous opérons est un pivotement latéral de la tête qui permet des passages incessants d’un monde à l’autre. Le désir d’à nouveau se confronter à la réalité des deux univers résiste. Il nous faut l’éteindre en réutilisant les sentiments de gavage et en comparant les multiples déplacements des autres. Nous percevons alors un brassage absurde qui fait office d’agitation. Tout ceci construit en nous l’image d’un immense ventilateur se dotant lui-même de sa propre force de rotation. Ce mouvement rotatif nous donne le tournis jusqu’à l’écœurement. Nous sommes alors convaincus de rester à notre point d’ancrage. Petit à petit pour échapper à cette vision même notre tête cesse de remuer. L’inertie s’installe en nous. Nous sommes prêts à commencer le travail de concentration intérieure.

6eme point : Le repli

Adoptant toute la prestance d’une statue, nous affrontons le vent issu du brassage d ‘air précédemment décrit. Tous nos mouvements sont donc dus à une force extérieure. Nous subissons un ballottement permanent. Cette oscillation nous berce et nous sombrons dans une illusion fiévreuse. Mais des rafales plus violentes essaient de nous déstabiliser. Il nous faut résister et mettre en œuvre en nous des forces de contradiction pour pouvoir rester inerte. A chacun de ces nouveaux coups brutaux nous faisons face. Ces gifles nous servent à endurcir notre cuir. Mais au bout d’un moment nous sentons que nous devons entrer dans l’évitement pour conserver notre force et rester au point de tangence. Il s’agit ici de s’abaisser très vite et de se relever après le passage des secousses. Après chaque relève, nous retrouvons notre propre souffle, histoire d’essayer une prochaine fois un renversement de la situation. Mais il est de nouveau temps de se rapetisser. Nos forces s’épuisent et finalement notre capacité à aller vers le bas nous fait défaut. C’est notre tête seulement qui entreprend alors le cheminement. A chaque coup elle descend et notre dos se met progressivement à ployer. Nous penchons. Ce recourbement devient ainsi la position idéale de notre transformation. Nous stabilisons le mouvement pour laisser passer les rafles de vent juste au-dessus de nous sans plus nous atteindre. Nous n’avons plus besoin de nous relever puisque maintenant nous avons trouvé la statique absolue et la forme adéquate.

 

 

Avec toute la force que vous avez acquise aujourd'hui vous aurez donc la patience d'attendre jusqu'à demain pour la suite de nos aventures.

Par jarrien - Publié dans : feuilleton
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Dimanche 17 juin 2007 7 17 /06 /Juin /2007 18:25
Tous les chemins de l'ombre conduisent à cette certitude
atroce: il m'est arrivé ce dont j'avais le plus peur.
Et le pire est que je ne sais pas si c'est vrai, si c'est fini
ou s'il manque encore quelque chose, causes ou effets...Tout
est épars, flottant, incohérent. Je ne sais pas si c'est la
vérité ou si je suis en train de l'inventer...J'ai inventé
tant de choses, la réalité m'a dementi tant de fois, qu'il
m'est impossible de ne pas avoir de doute...



César Aira
les larmes

andré Dimanche Editeur
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Dimanche 17 juin 2007 7 17 /06 /Juin /2007 12:37
Aujourd'hui nous abordons  les deux points suivants de notre leçon. J'epère que tout le monde a bien pris les notes qu'il convient car il n'est pas possible de nous résumer.
 
 
Reprenons-donc:
3eme point : De l’autre côté
Bien évidemment, il s’agit ici de basculer et de tomber inopinément de l’autre côté. La chute aura pour effets secondaires d’entamer notre forme avec quelques bosses apparentes ; bosses que nous entretiendrons. Passée la première stupeur, nous nous engagerons allègrement dans ces nouveaux lieux ; toutes ces possibilités s’ajoutant à celles déjà connues. Nous ouvrons un autre spectre de perception. En attendant, il faut dire que tout cela se fait avec trépidations. D’un pas à l’autre augmente en nous le désir d’embrasser la nouveauté dans sa totalité. Les yeux écarquillés, les images viennent se superposer les unes sur les autres avec de savoureux phénomènes de saturation. Et chaque avancée est une nouvelle source de satisfaction et de plaisirs inconnus. Nous découvrons les joies de la déambulation, de la dérive même, dans le merveilleux. Nous expérimentons des modes de déplacements qui n’ont plus rien à voir avec celui du crabe : ils s’effectuent selon des figures géométriques inespérées et s’apparentent aux lentes descriptions de trajectoires de manèges déréglés. Nous allons jusqu’à inventer des lois de sciences physiques singulières, valables seulement à l’endroit et à l’instant où nous les prononçons. Les formules scientifiques se transforment alors en formules magiques. Mais sans que nous ne nous en apercevions, la vitesse et la précipitation premières impulsées par notre engouement commencent à décroître. Le sentiment de gavage visuel fait poindre le bout de son nez. Bientôt toutes les nouveautés trouvent à nos yeux des points de similitude avec notre ancien monde. La sensation d’un simple renversement nait dans notre esprit effervescent.
4e point : le retour
Nous songeons à retourner au point de jonction qui finalement apparaît être le véritable lieu de tous les possibles. Nous adoptons cette fois-ci la démarche dite "à reculons ". Le mouvement est donc lent, mesuré et précautionneux. Nous rions de la tournure que prend l’espace ainsi inversé. Nous pensons que c’est l’ultime joie de mise en détour de l’univers que nous traversons. Il faut que nous nous arrêtions de temps en temps pour vérifier par un coup d’œil au-dessus de l’épaule si nous allons toujours vers la bonne destination et si nous ne dessinons pas à notre insu un cercle interminable. Nous reprenons notre course, armé de ce sentiment de dangerosité permanente proche de la position du funambule. D’ailleurs nous nous enivrons du vertige de cette dernière parenthèse. L’inadvertance nous propulse bientôt contre un obstacle et le choc fait résonner nos tempes. Là encore, il s’agit de préparer notre corps pour le stade final. Chaque chute et chaque collision raffermissent les bosses déjà acquises. Pourtant il nous faut rester dos à notre destination, c’est le seul moyen d’y retourner en gardant un mélange et une superposition alambiquée des mondes dans lesquels nous avons vécu ou voyagé. Gardons les portes ouvertes, pour l’instant, ne brûlons pas les étapes. Après un dernier coup d’œil nous savons que nous entamons les derniers pas. Une chaleur irradie notre dos et nous suivons la ligne sans aucune hésitation. Chaque pas appelle le suivant et instinctivement nous arrêtons à l’endroit exact où il le faut. Un pas de trop et nous retournions dans le premier monde ; un pas en moins nous restions dans le monde nouveau. Mais non, nous avons fait le bon nombre de pas.
 
 
 
 
 
Nous en avons fini pour aujourd'hui, je vous attends demain pour la suite des évènements
merci pour votre attention.
Par jarrien - Publié dans : feuilleton
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Dimanche 17 juin 2007 7 17 /06 /Juin /2007 00:43

Chers amis,

 

 

Nos expérimentations les plus variées nous amènent encore à vous proposer une participation inattendue. Cette fois-ci vous avez l'occasion de participer à notre cycle de causeries à distance qui se déroulera à priori sur 5 jours. Ce cycle s'est déjà déroulé en direct et fait donc l'objet d'une nouvelle diffusion.

Merci pour votre attention.

 

Ch . Jarrien en direct de la haute école alternative en pataphysique (HEAP).

 

P.S: il s'agit de la description de la mise en pratique d'un processus. Je vous conseille dans un premier temps de suivre tout ceci d'une manière théorique, car il est un stade où vous ne serez plus en état d'accéder aux cours.

 

 

 

 

 

 

 

Comment devenir une huître : leçon en dix points, présentée par le professeur Ch. JARRIEN, méthodologue patenté de la S.P.U (société du Père Ubu), (rien que ça).

 

 

Introduction

 

Nous allons aujourd’hui nous attarder sur le phénomène de la métamorphose. Celui-ci souvent appréhendé de l’extérieur (la fonction crée l’organe et petit à petit lui donne sa forme) sera regardé sous l’angle d’un processus volontaire. Il sera donc question d’expérimenter une nouvelle méthode de transformation du corps sans outillage spécifique, où l’action se déroulera de l’intérieur vers l’extérieur, l’aspect du corps représentant l’état et le rapport au monde de l’individu possédant ledit corps. La métamorphose dont il sera question dans les instants qui vont suivre fera l’objet d’une véritable décomposition. Entre chacune des phases que nous allons présenter, un interstice béant se logera. Il conviendra donc à chacun de le faire résonner (raisonner) comme il l’entend.

 

1er point : La Séparation

Pour opérer comme il se doit dans le cas qui nous occupe, un terrain se prépare, se défriche, se tasse, s’aplanit. Nous commençons d’abord par faire quelques pas de côté, pour nous rendre compte qu’il existe un "à côté " que certains nomment parfois "tangente ". Grâce à ce déplacement latéral, nous tentons une approche de ce lieu qui n’apparaît jamais à première vue. Cette approche est en quelque sorte un voyage d’éclaireur, on fait les premiers repérages, issus d’incessants aller-retours d’une démarche rappelant celle d’un crabe. Ensuite un irrésistible mouvement sur le modèle de la descente d’une pente savonneuse a lieu. Progressivement, notre position de retour est de plus en plus proche de ce monde de l’à côté, jusqu’à bien entendu finir par coïncider avec lui (c’est le but). Nous nous installons donc sur ce point précis qui fait la distinction entre le monde d’où nous venons et des lieux à l’existence insoupçonnée. Il devient notre demeure et surtout notre point de vue. Il permet de voir des deux côtés à la fois. Pour l’instant les déplacements restent possibles mais toujours du même côté, celui que nous connaissons déjà par cœur, que nous revisitons l’air heureux de mêler le connu et l’inconnu, et pour ainsi dire de faire du quotidien de l’exotique. Nous menons alors des jours tranquilles à se nourrir du surprenant. Un effet d’estompe se met à l’œuvre et les voyages ne nous font plus que l’effet d’une surimpression. Alors arrive le moment de la séparation véritable, celle qui nous fait connaître que nous pouvons être à la fois immobile et en mouvement. La seule pénétration dans le monde de l’avant devient oculaire et nous restons fixé sur le point déjà mentionné.

2eme point : Le dedans et le dehors

Cette nouvelle position devient l’ultime passage du dedans (le monde de l’avant) et du dehors (la nouvelle perception). A cet instant nous jouissons d’une totalité enivrante. Nous découvrons la plénitude d’avoir la capacité d’être à la fois, et j’insiste sur le "à la fois ", dedans et dehors. Il nous vient alors plusieurs idées de jeux subtils dignes d’un passe-muraille. Les premiers mouvements métamorphiques apparaissent : diverses parties de notre corps se rangent d’un côté ou de l’autre ; ceci sans cohérence véritable, l’espièglerie l’emportant sur le reste. Il faut alors tenter de rassembler le tout et les spasmes et les recroquevillements entrent en action. Mais tout ceci n’est qu’un premier exercice, comme un échauffement si l’on peut dire. Pourtant un sentiment d’étrangeté commence à apparaître, car il est des parties de l’ancien univers qui sont maintenant imperceptibles. Elles ne nous parviennent que comme des échos. Notre géographie mentale doit alors s’adapter, certains mondes réels ne peuvent être appréhendés que par les images qui nous en restent et les bruits qui circulent. Et les autres mondes à venir font l’effet d’aimant puissant. Nous avons alors conscience d’être assis à califourchon sur un cheval à bascule, hésitant entre garder le plus de contacts possibles avec notre précédent espace et partir à la découverte des promesses que nos yeux ont nouvellement imprimées.

Par jarrien - Publié dans : feuilleton - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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